Fosse N° 2 Oignies 6 février 1868 4 morts

 

Oignies 6 février 1868

Dossier fait par Onyacum

 

La découverte du charbon à Oignies le 2 juin 1842 dans le parc du château de Madame DE CLERCQ par l'ingénieur Mullot donnera naissance à l'industrie charbonnière dans le département. Longtemps tenue secrète, elle transpira néanmoins suscitant nombre de recherches carbonifères aux alentours de la ville.

C'est ainsi que des sondages furent entrepris à Ostricourt. Un forage au nord découvrit la houille le 19 mai 1856, un autre au sud révéla également la présence de la houille le 6 juillet 1856. Ces sondages avaient été faits par Monsieur Wuillemin et sa société de recherches qui avaient demandé le 9 juillet  1855 une concession dite "concession d'Ostricourt" qui leur fut accordée. La société prit le nom de "Compagnie charbonnière douaisienne".

 Les travaux de la fosse n°2 sont attaqués le 6 juillet 1860, avec un puits d'un diamètre de 4 m. On rencontre du terrain houiller dès 151,95 m, l'extraction des charbons maigres commence en septembre 1863. La fosse est signalée grisouteuse. La Fosse n°2 fut baptisée Henri Charvet, nom d'un des administrateurs des Mines d'Ostricourt.

La Fosse n°2 sera la seule fosse en activité de la compagnie pendant plus de 25 ans.  La Fosse n°1, exploitée dès 1858, dut cesser son activité de 1864 à 1896 pour des raisons d'inondations souterraines.

    

Le 6 février 1868 une explosion tua 4 ouvriers

 

L'accident est signalé par dépêche télégraphique — installation du château de Mme DE CLERCQ ou de la mairie d'Oignies !

Au travers des différents rapports et notes des autorités de l'époque (documents originaux) en  possession d'Onyacum qui va s'efforcer, en quelques lignes de vous commenter :

 

LE COUP DE GRISOU

 

Tout commence le 6 février 1868 à 6h14 du matin :

 Rapport n° 175 de la 24ème légion de gendarmerie adressé au Préfet du Pas-de-Calais à Arras.

 

Explosion du Grisou de la fosse d'Oignies

Le chef d'escadron commandant la gendarmerie du Pas-de-Calais a l'honneur d'envoyer à M le Préfet du département du Pas-de-Calais, la copie du rapport qu'il vient d'adresser à leur excellence les ministres de la Guerre et de l'Intérieur, à M le Général commandant le 2ème corps d'armée et à Monsieur le Receveur Général Impérial à Douai.

Le 6 février 1868 à 6h14 du matin, les ouvriers de la fosse d'Oignies près de Carvin, descendaient prendre leur travail lorsque ceux postés à l'orifice virent le tonneau soulevé brusquement par le courant d'une explosion, le grisou existant dans la mine. Ces ouvriers comprirent tout de suite qu'un malheur venait d'arriver.

Sans perdre une minute, le Maître Porion et deux courageux mineurs descendent pour porter secours aux ouvriers qui y étaient déjà descendus, mais arrivés au niveau des travaux, à la profondeur de 35 mètres, ils sont tellement incommodés par les gaz asphyxiants qu'ils ne peuvent pénétrer dans l'accrochage, et qu'ils n'ont que juste le temps de se faire remonter à un niveau plus élevé dans lequel ils pénètrent et rompent les digues retenant des amas d'eau. Ces nappes d'eaux en tombant dans le puits produisent dans l'air un mouvement qui tend à faire sortir les gaz nuisibles des travaux inférieurs.

Quelques instants après, ces courageux sauveteurs peuvent redescendre et cette fois pénétrer, malgré de sérieux obstacles, produits par un éboulement, dans l'une des galeries où ils trouvent les cadavres de 3 ouvriers horriblement brûlés et près desquels gisent deux mineurs qui respiraient encore, mais dont l'état était grave.

On prit les plus grandes précautions pour remonter les blessés au jour, des soins intelligents leur furent donnés par le médecin de la compagnie, mais l'un d'eux succombait vers une heure de l'après-midi sans avoir repris connaissance.

Quant à son compagnon, on a lieu d'espérer qu'a moins de désordres intérieurs, on pourra le conserver à la vie.

Ce malheureux ouvrier a du montrer un grand sang-froid, car occupé dans une région opposée à celle où l'explosion paraît s'être déclarée, il a vu venir à lui le courant enflammé, a placé son bras sur ses yeux, s'est jeté la face contre terre et a rampé jusqu'à l'accrochage où il a été trouvé sans connaissance

 

Après avoir fait, remonter les 3 cadavres, le Maître Porion est allé visiter tous les travaux à l'étage supérieur (300 mètres) et il s'est assuré qu'aucun ouvrier ne s'y trouvait. On vérifia d'ailleurs que les victimes avaient pu seules se trouver dans la mine au moment de l'accident.

Jusqu'à présent on n'a pas pu pénétrer sur le théâtre même de l'explosion et on ne peut présumer à quelle cause l'attribuer. Tous les ouvriers se servaient d'une lampe de sûreté.

Prévenus de cet événement par le soin du lieutenant commandant l'arrondissement de Béthune en tournée d'inspection à Carvin, M le Préfet, M Ponice Ingénieur des mines et le soussigné commandant de la gendarmerie du Pas-de-Calais se sont rendus immédiatement sur les lieux du sinistre se firent remettre les renseignements qui précèdent.

De concert avec M Le Préfet, M Coincé prend toutes les mesures de précautions que commandent les circonstances. Toutefois, ce ne sera qu'aujourd'hui 7 février, dans l'après-midi qu'on pourra essayer de pénétrer jusqu'au point mê­me où a pris naissance l'explosion.

Voici les noms des victimes :

Boussemard Jean-Baptiste 16 ans demeurant à Ostricourt

Poutrain      David 40 ans demeurant à Oignies, marié sans enfant

Hottin           Marc 30 ans demeurant à Libercourt marié 3 enfants

Oblet            Antoine        45 ans demeurant, à Carvin marié 6 enfants et sa femme prête à accoucher

Wansseluyse Henri 40 ans demeurant à Oignies marié 4 enfants

Les 3 premiers ont été tués sur le coup, le 4ème a succombé un peu plus tard. On espère sauver le 5 ème . Tous ont été réclamés par leurs parents.

Le malheur est grand, mais cet événement eut été bien autrement désastreux s'il se fut produit quelques instants plus tard. Tous les ouvriers se disposaient en effet pour descendre et se livrer à leur travail.

Arras, le 7 février 1868

Commandant la gendarmerie du Pas-de-Calais

 

Extraits du Rapport du Commissariat de Police de Carvin   le 6 février 1868 aux écrits

 

Vers 6h le coup de grisou retentit dans la galerie du  4 accrochage situé à 354 m de profondeur. La violence de la commotion fut telle que la cage d'extraction fut lancée hors du puits et une partie de la toiture du bâtiment arrachée.

Les secours s'organisent immédiatement, mais que parvenu au moyen de la cage à cent mètres de l'accrochage, Tes vapeurs délétères contraignent les hardis travailleurs à se faire remonter plus haut et à activer l'aération.

Trois morts par suite d'asphyxie, indépendamment de leurs brûlures dont ils sont couverts, plusieurs ont les membres brisés et le crâne enfoncé.

Vers 9 h, les deux qui respiraient à peine encore, remontés au jour, sont soignés par M. Ballerand médecin.

La situation d'Oblet était désespérée, il a expiré au bout de quelques heures. À l'égard de Wansseluyse qui n'a pas tardé à reprendre connaissance, il a pu être transporté chez lui, et il y a grand espoir de le sauver.

Il est dit également :

L’existence avéré du grisou, dans la fosse d'Oignies impose aux ouvriers mineurs munis de la lampe de sûreté la plus stricte observance du règlement qui interdisent toute espèce de feu à découvert. On a trouvé sur Poutrain, des allumettes chimiques, à défaut d'autre indice ou d'un témoignage quelconque, on attribue l'accident à une imprudence de ce dernier...

...Quelques minutes plus tard, le nombre des victimes pouvaient être triplé.

Il termine par :

L'intrépidité des agents de la société houillère et de leurs auxiliaires sont dignes d'éloge.

 

Une feuille volante (sans signature ni signe distinctif) indique que:

 

"...Deux des morts avaient la tête fracassée, le troisième, un enfant, l'air presque souriant la face rouge, probablement asphyxié ...

... à ce moment arrivent le vénérable curé d'Oignies qui, depuis le matin était sur les lieux, et le curé d'Ostricourt....

Le père Boussemard parvenait appuyé sur un des camarades de son fils, avec des cris déchirants. Il y a quatre mois il avait déjà perdu un fils de 35 ans écra­sé dans une sablonnière, "Ah ! Mon Dieu, c'est donc toujours mon tour ! "

Le rapporteur non-connu indique "scène émouvante, bouleversante "

 

Le double de cette lettre reprend la possibilité d'une négligence d'une des victimes:

 

Arras le 2 mars 1868

au Ministre des T.G.

J'ai l'honneur de vous transmettre avec l'avis de monsieur l'Ingénieur en chef des mines un rapport de monsieur l'Ingénieur Poinice, relatif à un accident arrivé le 6 février dernier dans la fosse 2 d'Oignie s(concession d'Ostricourt).

Cet accident qui paraît avoir été déterminé par une explosion de grisou, a occasionné la mort de quatre ouvriers et fait des contusions assez graves à un cinquième ouvrier aujourd'hui cependant en voie de guérison.

Des détails contenus dans ce rapport des visites faites et des investigations menées par le service des mines s'est livré. Il en résulte que ce triste événement devrait être attribué à la négligence d'une des victimes, le sieur Poutrain, dont la lampe se serait éteinte par suite de porter secours et qui aurait eu l'imprudence de la rallumer.

Toutefois j'estime avec M Declercq qu'en vue de prévenir le secteur d'accident aussi grave, il conviendrait d'engager la compagnie la Douaisienne à ne plus exploiter dans les mêmes conditions la fosse n°2 d'Oignies susceptible paraît-il de dégager subitement de grandes quantités de grisou et qu'il y aurait lieu probablement à toute reprise de travail, de faire exécuter certains travaux de précaution indiqués par M l'Ingénieur en chef et qui seraient portés à la connaissance de la Cie intéressée.

Un double du rapport ci-joint a été transmis à l'autorité judiciaire.

 

Mais dans cet "aval" rédigé par Louis DE CLERCQ le 21 février 1868 suite à l'explosion de grisou du 6 février ,cette négligence supposée d'un mineur semble remise en question.

.[Dans cette transcription, l'orthographe a été respectée, des « blancs » vont apparaître car il y
a des termes techniques que , même avec l'aide d'anciens mineurs, nous n'avons su déchiffrer.]

 

« L'Ingénieur en chef des Mines soussigné après avoir pris connaissance du Procès-verbal 'dressé le 17 février 1868, par Monsieur l'ingénieur ordinaire des mines Ponice au sujet de l'explosion du grisou qui a eu lieu le six février 1868 dans les travaux de la fosse n°2 de Oignies, concession d'Ostricourt, et d'après les renseignements qu'il a recueilli lui-même sur les lieux, est d'avis :

que cette explosion ne doit pas être attribuée à ce fait que l'ouvrier Pou-train, ayant éteint sa lampe l'aurait ouverte pour la rallumer avec les allumettes chimiques qui ont été retrouvées dans la poche de son pantalon.

Son avis se fonde sur ce que l'explosion ayant eu lieu presque immédiatement après la descente des ouvriers, puisque le tonneau qui avait servi à la descente n'était pas encore remonté au niveau 3/4ème., l'ouvrier n'avait pour ainsi juste encore le temps de commettre cette imprudence.

 

Il j'aie observer en effet que les lampes de sûreté sont remises aux ouvriers fermées avec le plus grand soin, et que quand ils veulent les ouvrir, il leur faut un temps assez long, il reste du reste très probable que si Poutrain s'était bien servi des allumettes pour rallumer sa lampe ou tout autre usage comme il paraît avoir été foudroyé instantanément, on aurait retrouvé le paquet d'allumettes à côté de lui et non pas dans sa poche.

Cette explosion, à mon avis s'explique de la manière suivante :

Ainsi que l'a dit M Ponice, le goyon d'air ne descendant pas jusqu'à l'étage de 3/4ème, l'aérage n'avait lieu que par diffusion, c'est à dire d'une manière peu énergique. Le travail ne marchant pas pendant la nuit, le gaz a du s'accumuler dans les deux montages dans la nuit du 5 au 6 probablement dans le mon­tage A, il s'en est dégagé plus qu'à l'ordinaire de façon que l'atmosphère y était très explosif.

Deux faits ont alors pu se produire :

Ou quand les ouvriers sont (?) dans le montage, le gaz a brûlé dans leurs lampes, il n5) ont point fait attention, le tillon* métallique s'est donc chauffé etle feu s'est communiqué au-delà, trop près du ventilateur et quand ils ont mis cet appareil en mouvement le courant d'air a chassé la flamme hors du tillon et l'explosion a eu lieu(ce fait a été signalé comme se produisant par l'inventeur même de la lampe, le célèbre Cavy).

Cette seconde hypothèse explique même très bien l'instantanéité de l'explosion. Mais quelle que soit la manière réelle dont l'explosion s'est produite, avec M.Ponice, je conclu qu'il n5, a aucun reproche à faire à la Direction•es travaux mais j'ajoute que ce fâcheux accident ayant démontré Oie cette mine'de houille pouvant dégager subitement d'assez grandes quantités de gaz, il y a lieu d'inviter la Compagnie d'Ostricourt à ne plus continuer ce travail dans les mêmes circonstances. On ne peut se contenter d'approfondir le burtia partant de l'étage supérieur puisqu'il est facilement instable à l'air et quand il sera assez profond y prendre une descendance vers le montage. »

Valenciennes le 21 février 1868 l'Ingénieur en chef des Mines

L. DE CLERCQ

*selon d'anciens mineurs, le tillon est une sorte de cône en treillis métallique, en quelque sorte le tamis de la lampe.,

 

AVIS DE SECOURS

 

De Paris en date du 8 février 1868

une note du ministère de l'Intérieur

Division de l'administration communale et hospitalière

 

Monsieur le Préfet, par décision en date du 7 février j'ai accordé à votre département une somme de cinq cents francs imputable sur le crédit ouvert à mon ministère exercice 1868, pour secours généraux aux établissements et Institutions de bienfaisance.

Cette allocation est destinée au bureau de bienfaisance d'Oignies pour être distribuée entre les ouvriers victimes de l'accident signalé par votre dépêche télégraphique du 6 février.

Vous recevrez d'ici à dix jours, l'avis de l'ordonnancement de cette allocation, il vous sera transmis par la division de la comptabilité

Recevez, M. le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Ministre de l'Intérieur

 

Il était noté dans la marge de cette lettre :

10 février

M. le Ministre

J'ai l'honneur de Vous accuser réception de la dépêche du 8 courant par laquelle votre excellence met à ma disposition une somme de 500 francs destinée 'à accorder des secours aux victimes de l'accident d'Oignies.

Je prie votre excellence d'agréer mes remerciements mais, en même temps, je serais heureux qu'elle modifiât la décision par laquelle elle charge le bureau de bienfaisance d’Oignies de répartir ces secours.

Vue les 5 victimes de l'explosion, deux seulement appartiennent à la commune de Oignies, deux sont domiciliées à Carvin et la Sème à Ostricourt dans le département du Nord.

Il serait par conséquence difficile de remettre au bureau de bienfaisance d'Oignies des sommes pour payer des familles étrangères à cette localité. J'ajouterais que si les ouvriers mineurs ont pu sans difficultés accepter des secours de ma main, il leur répugnerait probablement de les recevoir d'un bureau de bienfaisance. Je vous prie donc M. le ministre de mandater à mon nom la somme de 500fs que vous voulez bien leur accorder.

J'en ferais la répartition sur les indications fournies par la direction de la mine, l'effet moral, j'ai tout lieu de le penser sera infiniment plus favorable

Les originaux de ces transcriptions peuvent être consultés sur place au Club
20 rue Jean Jaurès
62590 OIGNIES

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