LENS (14 février 1971)

Photo Daniel Marir

La mine continue à tuer. La mort peut surprendre le mineur, partout.

 

La fosse 19 de Lens est un siège de concentration par lequel remonte le charbon abattu dans d'autres fosses. Au fond, à l'accrochage, on s'y trouve comme dans une station de métro. Des rames de berlines vides d'une contenance de 3 000 litres, tirées par des locomotives à trolley, partent vers les « fronts » éloignés parfois de quelques kilomètres et ramènent jusqu'à 100 tonnes de produits : charbon et cailloux mélangés qui seront séparés au « lavoir ». Quantité de produits remontés : de l'or­dre de 800 tonnes à l'heure.

 

L'exploitation du charbon prend des allures de gigan­tisme. On « écrème » le gisement ; ce qu'il en reste, il faut aller le chercher à une profondeur de plus en plus grande, d'où la nécessité d'approfondir les puits, opération dite de ravalage. Un métier dangereux exercé par des mineurs au courage et à la valeur exceptionnels.

 

Ainsi, en aval du puits 4 du siège 19, la profondeur du puits est passée de 710 m à 840 m, opération de creusement commencée en 1970. Les parois du puits ont été bétonnées, et les travaux sont quasiment terminés. Bientôt, la cage conduira les mineurs vers des couches de charbon plus profondes. Mais auparavant, il convient de débarrasser le nouveau puits de la tuyauterie à béton et autres appareils ayant servi aux travaux.

 

Ce mercredi 14 février, quatre hommes, installés sur un plancher mobile suspendu dans le vide, dégagent la colonne de tuyauterie. Le plancher, actionné par un treuil, remonte len­tement. Le machiniste du treuil est en liaison radio avec les quatre hommes.

Au cours de la remonte, vers 4 h 15, un bruit anormal. Le machiniste stoppe le treuil, regarde par une trappe. C'est l'obscurité : pas de lampes allumées.

 

Il pressent le drame, donne l'alerte. Une équipe de sau­veteurs descend au fond du puits. Quatre cadavres. Le plancher avait basculé. 120 m de chute. L'écrasement au sol. Tués sur le coup.

Les grilles du carreau de la fosse sont fermées. Pour tout passant, c'est l'indice d'un accident grave ou d'une catastrophe. Dans la cité voisine, la nouvelle se colporte. Eperdues, les femmes dont le mari est descendu, les mères accourent.

 

Les corps sont remontés vers 9 h 30. Les Houillères avaient fait prévenir les familles. Quatre noms qui mettent fin à l'angoisse des uns, quatre noms qui plongent quatre familles dans l'affliction

- DUMON Marcel, 25 ans, marié, 1 enfant

- HALBOT Marc, 22 ans, allait se marier en juillet

- LAQUAY René, 34 ans, marié, 5 enfants –

- LAURENT René, 33 ans, marié, 3 enfants.

 

Dans une salle transformée en chapelle ardente, les corps reposent. Vers 10 heures, les familles arrivent, reconnais­sent les êtres bien-aimés : des scènes déchirantes, bouleversantes.

 

De nombreuses personnalités viennent s'incliner devant les dépouilles mortelles rendues ensuite aux familles.

Le vendredi 16, à l'appel des sections syndicales C.G.T., C.F.T.C., F.O. et C.F.D.T., les mineurs et employés du siège ne travaillent pas, en signe de deuil.

 

Le lendemain, ce sont les funérailles de

- René Laquay : office à 10 h 30 en l'église Notre-dame de Lourdes de la cité de la fosse 16 à Liévin, absoute en l'église d'Aire-sur-la-Lys

- Marcel Dumon : office à 15 h 30 en l'église Saint-­Pierre de la cité de la fosse 11 à Lens, inhumation au cimetière de la paroisse ;

- Marc Halbot : office à 16 heures en l'église Saint­ Théodore de la cité de la fosse 9 à Lens, inhuma­tion au cimetière de la paroisse ;

- René Laurent : office à 16 heures en l'église Notre-dame des Mines de la cité de la fosse 2 à Lens, inhumation au cimetière de la cité 8 à Vendin-le­-Vieil

 

A chacune des cérémonies, des mineurs en tenue de travail formant une garde d'honneur auprès du cercueil. Un grand nombre de personnalités. La foule composée de mineurs qui descendent et ne savent pas s'ils remonteront vivants, de leurs familles dans l'angoisse dès que l'heure de rentrée à la maison est largement dépassée, d'amis des cités avoisinantes.

Parmi les télégrammes de condoléances, ceux de M. Morandat, président du Conseil d'administration des Charbonna­ges de France, au nom de M. le Premier Ministre, du Directeur des Charbonnages et des membres du Conseil d'Administration; de M. Dumont, préfet de Région ; et des Présidents et Direc­teurs des autres bassins miniers.

 

Au cours de l'après-midi, M. André Delelis, député-maire de Lens, se rend dans les différents cimetières où ont eu lieu les inhumations : il vient se recueillir quelques instants devant la tombe de chaque victime.

LENS - 14 FEVRIER 1971

DUMON Marcel, 20, rue Léon-Blum, Cité 11 – Lens

HALBOT Marc, 26, rue Léo-Delibes, Cité 9 bis - Lens

LAQUAY René, 4, rue 9, Cité 16 - Liévin

LAURENT René, 58, rue Dusouich, Cité 2 - Lens

 

Sépulture du 4 de Lens Photo Christian Vallez http://lechtimi62800.skyrock.com/

 

   HAUT        ACCUEIL   Télécharger le document

  RETOUR CATASTROPHES DANS LES MINES