GRENAY  (6 avril 1949)

 

Explosion d’appareil à pression (canalisation d’air comprimé dans le puits) suivie de flambée de poussières au jour à la fosse 11, dans le puits. Comme à Sallaumines, il y a moins d'un an. Avec des conséquences moins graves, heureusement.

31 blessés, dont 4 au fond. Deux le sont grièvement un jeune Allemand de 19 ans et un jeune Français de 16 ans, Charles Noiret.

Les blessés au jour ont été brûlés. Parmi eux, Gisèle Boulanger (23 ans), Aline Culiez (20 ans), Maria Czubada (19 ans), Jacqueline Lavoyez (18 ans), Jeanne Lemaire (20 ans), personnel féminin employé dans les installations de surface.

Ces installations ont subi des dégâts matériels importants le moulinage et le clichage ont été dévastés, les vitres des fenêtres ont volé en éclats, la toiture du bâtiment a été arrachée.

Dans le puits, la tuyauterie d'air comprimé présentait des déchirures. Une vanne a été détruite sur un réservoir situé près de la salle des compresseurs ; des déchirures ont également été relevées sur la tuyauterie reliant ce réservoir au puits. A l'intérieur de certaines tuyauteries, des croûtes de coke, en quantité beaucoup moindre qu'à Sallaumines. Quant au compresseur, on a noté qu'il était en bon état d'entretien.

Dans le numéro du 9 avril 1949, « La Tribune du Mineur », organe de la C.G.T., souligne que les circonstances de l'accident sont identiques à celles de Sallaumines. La C.G.T. avait alors préconisé certaines mesures de sécurité. « Lacoste et la Direction des Houillères n'en ont nullement tenu compte ». Les décrets Lacoste ont été appliqués leur base : « Faire du charbon au plus bas prix, c'est-à-dire même en négligeant la sécurité ».

Parce qu'ils dénoncent les méthodes d'exploitation, « la grande majorité des délégués mineurs fond et jour ont été mis en prison, puis révoqués ». Les Houillères ont refusé l'accès du puits à toute personne ; des responsables de la C.G.T. « se sont vus interdire la visite et l'examen des lieux ».

Et « La Tribune du Mineur » de reproduire une déclaration d'Auguste Lecoeur devant les mineurs des puits 5 et 11 de Grenay

« Cette longue série d'accidents est d'autant plus intolérable que les causes en sont connues. Le ministre, la direction des Houillères les connaissent, mais ils ne veulent rien faire. Les morts et les blessés leur coûtent moins que la réfection des puits.

C'est pour étouffer leur responsabilité en la matière que le ministre et le service des mines ont fait voter par une majorité parlementaire servile, allant des dirigeants socialistes au M.R.P. et R.P.F., une loi supprimant en partie les délégués du jour et qui, selon eux, leur donnera des délégués mineurs à leur dévotion.

Ils escomptent ainsi qu'avec des gendarmes et des C.R.S. en civil recrutés parmi les dirigeants F.O. et remplaçant les délégués de la C.G.T., ils. pourront impunément continuer une politique d'exploitation dont le résultat est l'hécatombe de tués et de blessés enregistrés depuis novembre dernier.

Tout cela démontre, si cela était encore nécessaire, combien les ouvriers mineurs avaient conscience de leurs responsabilités en décidant à 90 % par vote secret la grève d'octobre dernier, dont les revendications essentielles étaient PLUS DE SECURITE, EXTENSION DU POUVOIR DE LEURS DELEGUES ET SUPPRESSION DES DECRETS DE M. LACOSTE QUI ONT INAUGURE DE TELLES METHODES D'EXPLOITATION ».

Suivant « La Tribune du Mineur », si l'on avait tenu compte des avertissements de la Fédération du Sous-sol, il n'y aurait pas eu de coup de poussières.

Dans « L'Echo des Mines », organe de la C.F.T.C., l'on s'interroge : « Est-ce un accident ou un sabotage ? ». Et de titrer l'article de Joseph Sauty : « L'explosion du XI de Grenay doit appeler tous les travailleurs à s'unir contre ceux qui portent atteinte à leur sécurité ».

Après avoir rendu hommage à tous ceux qui ont secouru les blessés, à ceux et à celles qui les ont soignés, une question brutale : « S'agit-il d'un crime » ?

Dans le précédent numéro de « L'Echo des Mines », la C.F.T.C. avait dénoncé des sabotages et appelé les travailleurs à la vigilance. Au 11 de Grenay, des débris de cartouches ont été découverts au voisinage de la tuyauterie. L'accident est « dû à un sabotage criminel ». Et « si les effets de l'explosion s'étaient étendus au fond du puits comme il était possible que cela se produise, ce sont des centaines de tués que nous aurions eu à déplorer au fond de ce puits particulièrement grisouteux ».

La C.F.T.C. appelle les mineurs du fond et de la surface « à dénoncer, sans aucune hésitation, ceux qui se livreraient à cette besogne criminelle des sabotages (...). La coalition des honnêtes gens doit avoir raison de la maffia qui ne recule pas devant les conséquences d'actes aussi odieux ».

« Les mineurs doivent démontrer qu'ils n'éprouvent aucune disposition pour servir de chair à sabotage ».

Quelles sont les conclusions de l'enquête officielle ? Inflammation de dépôts d'huile ? Sabotage ? Ou quoi encore ? ... La catastrophe de Sallaumines et l'accident collectif de Grenay deux accidents miniers sans précédent.

Le jeune Allemand WUNDER est mort huit jours après l'accident.

 

 

Compléments d'info http://chgrenay.canalblog.com/archives/2013/03/15/26656287.html

   HAUT        ACCUEIL    Télécharger le document

RETOUR CATASTROPHES DANS LES MINES